La vie après l’infarctus
A) Les éléments pronostiques
Après un événement traumatisant comme un infarctus, des questions préoccupantes se posent: suis-je encore capable de vivre et de travailler normalement; quels sont les dangers que je cours?
Les trois facteurs essentiels qui en post-infarctus, déterminent la qualité et l’espérance de vie, sont:
- La quantité de myocarde (tissu musculaire cardiaque) préservé. Plus l’artère coronaire obstruée était importante et plus il a fallu de temps pour la désobstruer, plus la quantité de myocarde nécrosé, donc perdu, sera importante. Il en résulte à moyen ou à long terme un affaiblissement du muscle cardiaque, entraînant une insuffisance cardiaque avec fatiguabilité rapide et essoufflement à l’effort, d’évolution finalement fatale.C’est pourquoi au stade aigü de l’infarctus, chaque minute de gagnée pour revasculariser le myocarde est précieuse.
- L’existence d’une ischémie résiduelle, c-à-d d’une souffrance du myocarde par manque d’oxygène dû au rétrécissement / occlusion d’autres coronaires. Ceci peut être la cause d’une angine de poitrine entravant plus ou moins considérablement les efforts et de troubles du rythme cardiaques graves.
- Les facteurs de risque cardiovasculaires susceptibles de causer un deuxième infarctus ou d’atteindre des artères autres que les coronaires, en particulier celles du cerveau, des jambes et des reins. On distingue essentiellement le tabac, l’hypertension artérielle, l’excès de cholestérol et de poids, le diabète.
B) Le bilan à l’hôpital
Après avoir au stade aigü de l’infarctus, rétabli dans les meilleurs délais la circulation coronarienne pour préserver un maximum de myocarde, on procède à l’hôpital, en phase de convalescence, au bilan.
évaluation de la force contractile du myocarde et l’atteinte éventuelle d’autres structures importantes, comme la valve mitrale. Une revascularisation rapide permet de garder une fonction myocardique quasiment intacte. Le traitement de l’insuffisance cardiaque est essentiellement médicamenteux.
recherche d’une ischémie résiduelle, due à des sténoses d’autres segments coronariens n’ayant pas joué de rôle dans l’infarctus récent, mais privant néanmoins le myocarde d’oxygène et posant donc un risque évident de nouvel infarctus ou de troubles du rythme parfois mortels. Selon les résultats, une revascularisation doit être effectuée, soit par angioplastie percutanée, soit chirurgicalement (pontage).
dépistage des facteurs de risque coronariens. Leur traitement est médicamenteux et va de pair avec un régime alimentaire adapté.
la rééducation fonctionnelle démarre à l’hôpital, si possible au deuxième jour d’hospitalisation. Elle est progressivement intensifiée, pour se poursuivre pendant quelques semaines en phase de convalescence à partir du domicile. Plus tard, on recommande au patient de rejoindre un groupe sportif pour cardiaques et surtout de pratiquer seul une activité physique régulière.
C) De retour à la maison
La conduite à tenir est basée pour chaque patient individuellement sur son bilan fonctionnel intrahospitalier qui est périodiquement remis à jour.
Un nouveau mode de vie
Les facteurs de risque responsables de l’infarctus sont essentiellement:
- le tabac
- la surcharge pondérale / obésitéle sédentarisme
- le cholestérol
- l’hypertension artérielle (HTA)
- le diabète
Il faut savoir que les patients victimes d’un infarctus ont un risque élevé de présenter un accident vasculaire dans un autre territoire, notamment le cerveau. La réduction de ces facteurs de risque est donc indispensable. Il faut: arrêter de fumer; suivre un régime alimentaire adapté selon que l’on est trop lourd, diabétique ou qu’on a trop de cholestérol. Pour le diabète, le sucre sanguin doit idéalement se situer en-dessous des 130 mg% avec une hémoglobine glycosylée inférieure à 6,5. Ce dernier paramètre réflète non pas la valeur absolue, mais la régularité du taux sanguin de sucre au cours des dernières semaines.
Le cholestérol total doit idéalement se situer en-dessous de 175 mg% avec le “mauvais cholestérol” = LDL inférieur à 100, voire 75 mg% et le “bon cholestérol” = HDL si possible supérieur à 50 mg%.
le sédentarisme est à combattre par une activité physique et sportive d’endurance régulière, adaptée aux goûts et aux capacités individuels.
La vie professionnelle
La reprise d’une activité professionnelle est souhaitable, surtout pour les professions non manuelles. Des efforts physiques lourds ne sont possibles que si le patient est stable avec une bonne capacité fonctionnelle. On recommande généralement un allègement de la tâche.
La vie privée
Pour le travail à domicile, les critères sub 3.1) s’appliquent. Il importe d’entretenir une activité physique légère à modérée et surtout régulière. A éviter absolument un style de vie sédentaire.
L’activité physique / sportive
Sont recommandées les activités sportives d’endurance, en évitant des accélérations trop brusques. Citons le walking, le cyclisme, la natation, le jogging, le ski de fond pour l’endurance pure; ainsi que le golf, le tennis de table, l’aquagym et le fitness pratiqué de façon décontractée. Sont déconseillés, les sports riches en accélérations et en mouvements brusques, comme le football, le tennis et les arts martiaux.
Rappelons que la régularité dans la pratique du sport est beaucoup plus utile que des performances intenses, mais peu fréquentes. Le pouls doit idéalement se situer entre 75 et 80 % de la fréquence maximale théorique, qui correspond à 220-âge. Un chronomètre associé à un compteur des pulsations cardiaques permet une surveillance adéquate de l’effort fourni.
L’activité sexuelle
Les rapports sexuels correspondent à une dépense énergétique légère à modérée et ne sont donc en principe pas contre-indiqués. De même, il n’est pas interdit d’utiliser les médicaments qui facilitent l’érection (Viagra, Cialis, Levitra), mais il faut savoir que la prise concomittente de certains médicaments cardiaques, en particulier les dérivés nitrés, peut provoquer de graves malaises par chute massive de la tension artérielle.
Avant la prise de ces médicaments, demandez absolument à votre médecin s’il sont compatibles avec votre traitement cardiaque préalable.
Les voyages
Les voyages et les vacances à l’étranger ne sont pas interdits, que ce soit en voiture, en bus, en train ou en avion. Signalons que les voyages prolongés avec immobilisation des jambes pendant plus de deux heures posent un risque de phlébite et de thrombose veineuse, pouvant se compliquer d’une embolie pulmonaires; mais sans rapport avec la maladie coronarienne. On les évite par une injection sous-cutanée d’héparine avant le départ. Chez les patients dont la capacité fonctionnelle est limitée, les voyages intercontinentaux sont déconseillés.
Il n’y a pas de raison d’éviter ni la mer ni la montagne. A la mer, évitons une exposition prolongée au soleil et une déshydratation; en montagne, une adaptation progressive à la hauteur est recommandée avant de conquérir les sommets.